Municipales et citoyenneté : Un débat enrichissant


À l’initiative du Club Presse Martinique était organisée le jeudi 23 janvier, à la Mutualité, une conférence-débat intitulée «  Municipales et citoyenneté ». Un public conséquent avait pris place dans la salle pour entendre les propos du  politologue Justin Daniel, du maire honoraire de Sainte-Marie, Guy Lordinot, et d’ Olivier Jean-Marie, qualifié d’observateur.

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La modératrice Nathalie Jos commença par expliquer la notion de citoyenneté en citant le dictionnaire du net Wikipédia : « La citoyenneté est le fait pour une personne, pour une famille ou pour un groupe, d’être reconnu comme membre d’une cité (aujourd’hui d’un État) nourrissant un projet commun auquel ils souhaitent prendre une part active. La citoyenneté comporte des droits civils et politiques et des devoirs civiques définissant le rôle du citoyen dans la cité et face aux institutions. » Soulignant qu’il ne « fallait pas confondre citoyenneté avec nationalité », elle conclut sur le fait « qu’en démocratie, chaque citoyen est détenteur d’une partie de la souveraineté politique. »

Le professeur de sciences politiques Justin Daniel s’est posé la question : comment articuler ces deux notions ? S’agit-il d’examiner la question des élections municipales à l’épreuve de la citoyenneté ou celle de la citoyenneté à l’épreuve du pouvoir ? Vaste question à laquelle il va répondre à partir de plusieurs démonstrations. Ainsi selon lui, « le vieux modèle clientéliste aurait disparu,  laissant place au partage entre élus locaux et État lors des vagues de décentralisation ». Il estime qu’aujourd’hui un maire est un manager, même s’il est contraint. Même si  les attentes de la population envers le maire ont évolué, celui-ci reste toutefois son premier recours en cas de coup dur, ajoute-t-il. Justin Daniel signale encore que la politisation des enjeux municipaux et les formes de mobilisation électorale ont changé, ce qui a une répercussion sur la citoyenneté.

 

Pour Guy Lordinot,  jusque dans les années 1980 les citoyens existaient du fait d’un affrontement politique entre autonomistes et départementalistes, avec des citoyens conscients. Mais  l’arrivée des aides sociales type RMI   a introduit une politique d’assistanat qui a tout dévoyé. Désormais, selon lui, les individus se déterminent uniquement en fonction de leurs besoins personnels, faisant seulement une distinction entre « ceux qui vont donner et ceux qui ne vont pas donner ». Il affirme que le programme n’intéresse plus personne puisque les partis politiques ne respectent plus les valeurs morales, et que cela est valable également pour les élus qui n’ont aucune conviction et contribuent fortement à la dégradation de l’action politique.

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Olivier Jean-Marie, qui se veut libre contributeur de la vie politique, affiche son  désaccord avec Guy Lordinot, estimant que les citoyens existent et qu’il faut « juste les réveiller ». Et de présenter une série d’arguments en faveur de ce réveil.

Suite à ces interventions,  le débat, fort enrichissant, a porté sur la formation des citoyens, le clientélisme encore bien vivace mais pernicieux, la longévité des mandatures et la place des femmes.

 Selon le politologue Justin Daniel, cela démontre une insuffisance de la démocratie. Mais conclut-il, « la  démocratie est perfectible. »

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