Le gouvernement interpellé sur la situation de journalistes en Guyane


PARIS, le 07 août 2013 (AFP) – Le gouvernement est interpellé sur la situation de journalistes en Guyane, confrontés à des atteintes à leurs droits sociaux et des menaces sur leur indépendance, par une question écrite du député François-Michel Lambert (EELV, Bouches-du-Rhône).

L'élu, membre de la délégation aux outre-mer de l'Assemblée nationale, attire l'attention de la ministre de la Culture et de la communication, Aurélie Filippetti "sur la situation des journalistes au sein de l'hebdomadaire La Semaine Guyanaise et aux nombreux manquements constatés dans plusieurs médias de Guyane", selon le texte de sa question, mise en ligne sur le site de l'Assemblée.

En janvier dernier, l'interdiction par la direction de l'hebdomadaire La Semaine Guyanaise de publier une enquête autour de la société Rexma qui a obtenu un permis d'exploitation de mines d'or avait été qualifiée d'"atteinte grave à la liberté d'informer", par l'Union des Clubs de la Presse de France et pays francophones (UCP2F).

"Les journalistes en Guyane rencontrent de grandes difficultés dans l'exercice de leur profession et de graves atteintes aux droits sociaux dans de nombreux médias en Guyane (presse écrite payante et gratuite, radio, télévision)", rappelle le député qui demande à Mme Filippetti "sa position" sur le sujet.

"La réponse est attendue avant le 23 septembre, la ministre disposant de deux mois pour répondre", a expliqué mercredi à l'AFP M. Lambert. 

L'affaire avait commencé par le refus du directeur de La Semaine Guyanaise, Alain Chaumet, de publier une enquête révélant des malversations d'un entrepreneur, Jean-Pierre Casas, PDG de Rexma et  par ailleurs relation du patron du journal qui se trouve être également président du Medef guyanais.

M. Casas a depuis été condamné à 18 mois de prison avec sursis et dix mille euros d'amende pour escroquerie et tromperie.

Pour avoir dénoncé cette censure, Jérôme Valette, rédacteur en chef de La Semaine Guyanaise, et Frédéric Farine, journaliste auteur de cette enquête, ont été sanctionnés, l'un de trois jours de mise à pied, le second d'un avertissement.

"J'avais considéré que les médias avaient suffisamment bassiné le public sur cette affaire Rexma (ndlr: c'est la première fois que son titre traitait du sujet ) et je considérais qu'il fallait faire une pause", s'est justifié Alain Chaumet à l'AFP, ajoutant que l'enquête avait finalement été publiée.

Les deux journalistes ont ensuite subi des mesures vexatoires, privation de bureaux, de véhicule de service, etc. Jérôme Valette est en arrêt maladie depuis cinq mois et demi, Frédéric Farine depuis quatre mois et demi. Ils ont dénoncé depuis le non paiement de leur salaire par leur employeur, au mépris de la convention collective nationale des journalistes. La justice leur a depuis donné raison dans une décision rendue lundi en référé.

Le Syndicat national des journalistes (SNJ, première organisation de la profession) avait tenté sans succès une conciliation, avant de dénoncer un "acharnement" contre les deux journalistes, selon Dominique Pradalier, secrétaire générale du syndicat.

"Ce dossier est révèlateur de l'affairisme qui règne en Guyane mêlant politique, entrepreneurs et franc-maçonnerie, avouée ou pas", commentait mercredi un journaliste guyanais.

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